Résumé
Ce cours d'histoire de l'art couvre l'ensemble du XIXe siècle français, en retraçant l'évolution des styles et des institutions artistiques depuis le néoclassicisme de David jusqu'aux prémices de l'art moderne avec Cézanne et Van Gogh. Le point de départ est le système académique des Salons, qui impose une hiérarchie stricte des genres et une esthétique du « beau idéal », contre laquelle les artistes vont progressivement se rebeller. Le Romantisme, incarné par Géricault et Delacroix, brise les règles classiques en privilégiant l'émotion, la couleur et l'individu sur la raison, le dessin et les héros antiques. Le Réalisme, porté par Millet et Courbet, introduit les sujets populaires et la vie quotidienne dans la grande peinture, défiant la pyramide des genres. L'invention de la peinture en tube dans les années 1840 est présentée comme un tournant matériel décisif, rendant possible la peinture de plein air et ouvrant la voie à l'impressionnisme. Les impressionnistes — Monet, Renoir, Degas, Pissarro, Sisley, Morisot — révolutionnent la perception de la lumière, des ombres colorées et du mouvement, au prix d'un rejet institutionnel violent. Cézanne, figure charnière, déconstruit la perspective traditionnelle par la modulation de la couleur et les points de vue multiples, préfigurant directement le cubisme. Van Gogh, enfin, intériorise le paysage pour en faire un autoportrait émotionnel, annonçant l'expressionnisme du XXe siècle. Le cours insiste sur les liens entre contexte politique (Napoléon III, exode rural, colonialisme), social (esclavage, condition féminine, prolétariat) et évolutions artistiques. Il souligne aussi l'importance du regard neuf — celui de l'enfant, du modèle, du spectateur — comme clé de lecture de l'art.
Points clés
- Le système des Salons contrôle l'accès au public et au marché jusqu'à la fin du siècle ; le Salon des Refusés de 1863, créé par Napoléon III sous pression, révèle l'ampleur de la crise institutionnelle avec 3 000 œuvres refusées.
- Le Serment des Horaces de David (1785) est analysé comme tableau de propagande politique avant la lettre : composition pyramidale, lumière dramatique, sacrifice de l'individu pour la communauté, commandé par Louis XVI mais récupéré par la Révolution.
- Le Radeau de la Méduse de Géricault (1819) est une œuvre-choc fondée sur un fait divers politique (naufrage de 1816, scandale étouffé par le gouvernement) ; Géricault y consacre un an, étudie des cadavres, construit des maquettes, et introduit des personnages noirs dans une composition classique pour défendre l'abolitionnisme.
- Joseph, modèle noir découvert au cirque, est placé au sommet de la composition comme personnage le plus courageux, ajout tardif révélateur de l'engagement abolitionniste de Géricault, mis en lumière par des recherches récentes (historienne Denise Ferran).
- La Mort de Sardanapale de Delacroix (1827) marque la rupture définitive avec le néoclassicisme : primauté de la couleur sur le dessin, anti-héros, appel aux émotions et au subconscient, traces de pinceau visibles — Baudelaire en sera le grand défenseur.
- L'invention du tube de peinture (John Goffe Fresnes, années 1840, commercialisé par la maison Lefranc) est présentée comme révolution matérielle essentielle, permettant aux peintres de sortir de l'atelier et rendant possible l'impressionnisme.
- Les Glaneuses de Millet (1857) représentent le sous-prolétariat paysan avec dignité et compassion, sans message révolutionnaire explicite ; la composition en trois arches rappelle délibérément le Serment des Horaces, et les trois couleurs primaires des fichus renvoient à Poussin.
- L'Atelier du peintre de Courbet est une allégorie politique et morale déguisée en scène de genre monumentale (3m x 6,15m) ; une radiographie révèle qu'il a effacé Jeanne Duval, maîtresse de Baudelaire, à la demande de ce dernier.
- La Naissance de Vénus de Cabanel vs Le Déjeuner sur l'herbe de Manet (Salon de 1863) illustrent l'opposition entre art officiel lisse et sans engagement (comparé à Jeff Koons) et art moderne qui assume ses traces de fabrication et provoque le regard.
- Les impressionnistes découvrent que les ombres sont colorées (bleu sur blanc, rose sur herbe) — observation impossible sans peinture de plein air — et appliquent les couleurs pures directement sur la toile sans les mélanger à la palette.
- Berthe Morisot, seule femme impressionniste évoquée, est exclue de l'École des Beaux-Arts, paie ses leçons plus cher, mais participe à 7 des 8 expositions impressionnistes ; son œuvre explore l'émancipation féminine à travers femmes, enfants et jardins.
- Caillebotte est présenté à la fois comme peintre réaliste (Les Raboteurs de parquet, refusés au Salon pour nudité masculine) et comme collectionneur capital, dont le legs à l'État en 1894 constitue le noyau du futur musée d'Orsay, après deux ans de bataille juridique.
- Cézanne révolutionne la représentation en abandonnant la perspective unique au profit de la modulation de la couleur et de points de vue multiples sur un même objet ; son exposition posthume de 1907 influence directement Picasso et le cubisme.
- Les séries de Monet (Meules, Peupliers, Cathédrale de Rouen, Nymphéas) poussent la logique impressionniste jusqu'à l'abstraction, au point que les expressionnistes abstraits américains le revendiqueront comme précurseur.
- La Nuit étoilée de Van Gogh est interprétée non comme paysage mais comme autoportrait émotionnel : l'église qui tourne le dos (rejet de sa vocation de pasteur), les femmes absentes, le ciel intérieur — Van Gogh tourne son regard vers lui-même, annonçant l'expressionnisme.
- Le regard de l'enfant est cité comme fil conducteur du cours (Picasso, Matisse, Courbet) : les enfants voient sans préjugés académiques, remarquent la lumière sur les corps, et sont désignés comme « visiteurs de demain » que l'éducation artistique doit former dès le plus jeune âge.
À retenir
Le XIXe siècle artistique est moins une succession de styles qu'une longue bataille entre une institution académique rigide et des artistes cherchant à représenter leur époque réelle — ses corps, ses lumières, ses injustices sociales. Chaque rupture (Romantisme, Réalisme, Impressionnisme, Post-impressionnisme) est à la fois esthétique et politique, ancrée dans des conditions matérielles précises (invention du tube, exode rural, photographie, colonialisme). Ce cours est convaincant dans sa façon de relier technique picturale, biographies d'artistes et contexte historique, rendant chaque œuvre lisible comme document de son temps. On pourra toutefois noter que la sélection reste très franco-centrée et quasi exclusivement masculine, Berthe Morisot étant la seule femme artiste mentionnée, ce qui reflète les angles morts historiographiques que le cours lui-même commence à pointer.